Chaque mois le parisien DJ Speedloader commente pour nous les nouveautés de ses bacs obstinément hardcore.
Rentrée secouée et bien agitée ! Grâce en premier lieu au double EP de The Destroyer sur Epileptik (EPK HS 11). Voilà le genre d’affaire qui console des kilomètres de hardcore mid-tempo aux kicks mous et aux nappes creuses. Huit morceaux a l’efficacité tapageuse et revendiquant les joies simples et braillardes, par un artiste aux sorties rares et toujours bienvenues. D’autres labels français en rajoutent dans les ambiances fulminantes. Hardcore Basic avec une deuxième référence portée par un track tout de guitare metal de Chaosbringer, méchamment bon. BTP et son 00, et le très mental « Motherfuckin’ Beez », tube de Iom Factory, un des livers du crew Booby Trap – des gens qui entendent exorciser le hardcore français de sa malédiction. A ce titre, B2K étaye les fondations de ces lendemains qui pétillent avec le B2K 16 de Tripped, prometteur, et après le splendide B2K 14 de Murmure, désormais joué partout, à juste titre.
Le constat ? La tendance vraiment tendance du moment, c’est le hardcore qui tabasse, alors même que dans toutes les soirées, et jusque dans les free les plus recluses, on n’échappe plus aux tombereaux de nouveautés gabber/hardcore hollandaises, bien produites, bien maniables… mais de plus en plus essouflées. Pour un Dione/E-Noid animé par un feu sacré l’autorisant à débiter des tracks bigger than life tous les quinze jours, tels que le « War Against The Machines » du Megarave 97, pour un Promo encore capable de sortir sur Third Movement quelques maxis tordus, il reste que le bourdonnement de la grosse photocopieuse qu’est devenue l’industrie hardcore hollandaise est bien convenu et ennuyeux. Voir Genosha et Enzyme, passés du stade de messies rédempteurs à celui de déjà-anciennes-gloires.
Résultat : les outsiders s’organisent. Pendeho, avec les maxis de Razor Edge (la hargne hollandaise sublimée par un sens de l’efficacité à mouiller son pantalon) et de Broken Rulez (hard-techno outragée par la disto). Rave-O-Lution également, avec deux premiers maxis multi-artistes dont les compositions intègrent influences françaises et anglaises avec bonheur.
La tabasse, disait-on ? Le Violent Special 3, avec notamment le « May 44 » des Bouncemasters, très efficace live hardcore hollandais disciple du pilonnage de pilon (à quand un booking en France ?). Le Corrupt 14 et son savoureux éventail de maniaqueries, allant du monomaniaque « Suicide Trooper » de Stinger à l’onirisme assombri du « Dreamscape » de Fiend. Toujours en état de grâce, il enchaîne depuis des mois des sorties marquées par les partouzes de breakbeats et de kicks telles que Deathchant les usine depuis plus de 10 ans. Chez le californien, le groove est frais, le son taillé pour les stades, la rage intacte. Preuve en est avec ses deux morceaux sur le Apocalypse 008 (versant rapide) et sa collaboration avec Broken Rulez sur le IST 28 (versant lent). Mais les anglais n’ont pas tout dit. Deathmachine avec le Deathchant 52 explique qu’emprunter les chemins balisés par les maîtres Hellfish et Producer n’empêche pas de signer sa recette personnelle de la décomposition des rythmiques dans la spatialisation des effets. Producer, tiens. Toujours princier, le roi des filtres magiques au service d’un hardcore syncopé presque chantant terrasse les soupçons d’assèchement de l’inspiration avec son Third Movement 121 et son Rebelscum 20. OK, on reconnaît le style tout de suite, mais c’est justement une de ses forces intrinsèques que de savoir mettre en scène avec toujours autant de verve des sonorités aussi aériennes que profondes.
Le hardcore rappelle donc la violence à sa rescousse, tant mieux pour ceux pour qui Justice et la Tecktonik ne sont pas l’alpha et l’omega de la dance music.
! Keep it hardcore !


