<span style='text-transform: uppercase;'>Interviews</span>

Interviews > Noirdegout : « La mort de la techno, c’est de la branlette de journaliste ! »
chronique disque

Noirdegout : « La mort de la techno, c’est de la branlette de journaliste ! »

Par evA
Publié le 14 mars 2007 à 17:30
Style : Techno / Electro

En deux maxis sortis de nulle part, le duo Noirdegout a réactivé toute la magie d’une certaine techno française aux accents rave et trippy le cœur tourné vers Detroit.

Dans le genre, « Silicone » (sur le No Fear 01) est pour nous l’un des meilleurs tracks de ces deux dernières années, avec son mélange de spleen et de détermination combative sur une rythmique qui n’a pas peur de cogner...Et leur live au Rex Club en janvier dernier (public en feu, émotion, puissance) a achevé de nous convaincre du potentiel de l’affaire.

Outre que ce sont avant tout de réels passionnés de techno au sens large, qui par conséquent ont plus à dire sur le sujet que les habituelles platitudes promo, on perçoit bien dans l’interview leurs personnalités complémentaires aboutissant à un projet qui, semble-t-il, n’a pas encore dévoilé toutes ses facettes.

Voici notre interview fleuve des deux résistants de Besançon, réalisée par internet.

 

1

On dirait que le public attend désormais plus de la techno un environnement sonore confortable (cf. le succès de la minimale) que quelque chose d’intense et émotionnel. Sauf que vous entrez totalement dans la deuxième catégorie. Croyez-vous à la théorie des cycles ? Avez-vous le sentiment qu’on commence à revenir vers ce genre de choses ?

Enola : Nous sortons sur notre label NO FEAR Records la musique que nous aimerions entendre sur un dancefloor. C’est aussi simple que cela. Nous nous situons dans un courant de producteurs carrément marqués au fer rouge par des labels comme U.R, Red Planet, Fcom et de producteurs/djs qui se situent vraiment dans la mouvance d’un Laurent Garnier. Un ensemble d’artistes qui cherchent à provoquer une réaction émotionnelle forte des auditeurs grâce a une démarche créative sincère et non calculée sur le baromètre de la hype !
Alors, peu importe que le morceau soit minimal, electro ou hardtechno, ce qui doit ressortir c’est l’implication du producteur dans sa conception. Sans ça, je ne vois vraiment pas à quoi sert de passer des heures à créer quelque chose de totalement impersonnel !!
Pour être honnête avec toi, pour l’instant je ne vois absolument pas d’évolution dans les soirées qui ne proposent que des sets minimaux ennuyeux, mais il est évident que la roue va tourner...
Maintenant, plutôt que de célébrer en avance la mort prochaine de la minimale, je préférerais simplement que les promoteurs arrêtent de se copier les uns les autres et de vouloir absolument coller a la mode du moment. Il y a d’excellents producteurs d’oeuvres minimales, electroclash, breakbeat, house (et oui ça existe encore ;). Pourquoi faudrait il absolument privilégier un courant par rapport a un autre ?
Une partie de la responsabilité de cette situation de monopole de la minimale vient aussi du fait que la plupart des djs ont peur de surprendre le public, tout en oubliant que c’est la fonction première d’un dj d’être une espèce de passeur et non un suiveur décérébré. Donc, si la roue tourne, j’espère simplement qu’elle permettra au public d’avoir plus de choix lors des soirées, et certainement pas que la minimale disparaisse totalement :)
Il existe déjà de grands djs et un public qui aiment ce que nous faisons, je crois que c’est le meilleur indicateur qui soit, et ce même si nous sommes effectivement en ce moment complètement à contre courant. Et puis, pour être totalement honnête avec toi, c’est plutôt agréable de se sentir un peu original parfois ;)

Flappy : Perso, je préfère une musique un peu rugueuse, nerveuse et dure. Les trucs surproduits et trop léchés me déplaisent... Mais cet aspect un peu rugueux tu le trouves dans tous les genres, même dans la minimale parfois. C’est vrai qu’on reçoit beaucoup de mails de gens qui sont content de voir que tout le monde n’a pas abandonné la techno, qui ne se retrouvent plus trop dans ces soirées ou t’entends que ça. La roue va tourner, et a mon avis ça va arriver vite. En quelques mois tout va changer. Regarde l’electroclash... En six mois ça a disparu. La minimale va se prendre la même tarte. Qu’est ce qui viendra après ??? on verra !!!

Mon impression tout de même c’est qu’on a perdu le plaisir de danser sur une musique dure, de lever les bras en l’air, de crier sur un break énorme... Ca manque à pas mal de monde !!! C’est pour ça que les gens aiment tellement la musique de Vitalic, Justice, John Lord Fonda... Parce qu’avec eux tu passes un super moment, tu cries, tu danses, tu te marres !!! Et à coté de ça ils savent créer de l’émotion avec de belles nappes, des mélodies touchantes...
C’est bien parmi les derniers à ne pas te gonfler avec une musique d’autiste !

Les artistes que tu cites, Flappy, sont derrières les très rares vrais anthems de ces dernières années (on peut rajouter « Code 1026 » d’ Agoria). Pourquoi n’ y a-t-il plus vraiment d’hymnes fédérateurs dans la techno ?

Enola : Des anthems il y en a toujours, c’est juste qu’ils ne sont plus aussi médiatisés à cause de leur coté "en dehors de la hype" ! Ou bien qu’il prennent d’autres formes. Tu cites « code 1026 », mais personne ne playlisterait autant un track aussi old school s’il n’était pas signé par Agoria !! (attention, ça n’enlève rien a l’énorme qualité du morceau). En plus, le terme "anthem" est vachement subjectif quand même. Le « Mouth to Mouth » de Audion c’est un « anthem » ...pour ceux qui trippent à mort sur la minimale ! Même chose pour « Marionnette » de Mathew Johnson. J’ai l’impression que ce que tu veux dire par "anthem" c’est le gros track ultra-ravy a l’ancienne style "The Bells" ou "Crispy Bacon", "Red 2","Paranoid Dancer", "Stardancer"...ou "Silicone" ! :)
Et là on en revient a ta première question : cette musique n’est pas a la mode en ce moment :).
Des soirées bien rave il en existe encore plein, et notamment beaucoup dans les pays de l’est. Il suffit d’être attentif et de tendre l’oreille pour trouver les tueries oldschool qui font jumper les foules là-bas par exemple ! :). Elles finissent toujours par échouer chez un bon disquaire dans nos vertes contrées. Perso, mon dernier traumatisme "old school", c’est un track joué par Laurent Garnier lors de son live au Chat Noir de Dijon, dimanche dernier. Imagine : un dancefloor béat après s’être farci un "Crispy Bacon" bien épicé, qui se prend en pleine face un morceau surgi de nulle part. Monstrueux, hard, parfaite synthèse entre les premières tueries de Steve Rachmad et de Mad Mike. Honnêtement ça faisait longtemps que j’avais pas pris un tel pied sur de la techno "à l’ancienne" ! :). Si on avait les moyens, on lui signerait le morceau pour notre label et on essaierait d’en faire un remix :).

Tout ça pour dire que je ne crois absolument pas qu’il n’y ait plus d’anthems dans la techno, je pense simplement qu’ils manquent des djs "courageux" pour les faire connaître !

Flappy : Tu remarqueras que la plupart des anthems ont un feeling un peu trance , un son un peu épique. Que ce soit "La Rock" , "Stardancer" ou le "Code 1026". Des trucs assez massifs, adaptés aux grands endroits. La musique s’étant repliée sur les clubs, plus intimes, ce son un peu fédérateur est moins fréquent. En plus, c’est pas facile de faire un hymne !!! Ca n’arrive pas tous les quinze jours. Regarde Garnier, Mills, ...ils en ont chacun fait un ou deux, pas cinquante !

Les derniers hymnes, c’est "Gazebo" ou "I Feel Space" de Lindstrom... Là aussi t’as ce feeling un peu trance...mais c’est différent, ça porte pas a sauter en l’air ou crier... C’est plus hypnotique.

Mais de grands classiques techno t’en auras encore, et d’ailleurs ce track qu’a joué Garnier en live l’autre soir et dont parle Matthieu...pffff c’est ééénorme !!!! Je sais pas s’il compte le sortir en maxi mais c’est susceptible d’être un truc aussi essentiel que l’a été "Crispy Bacon" !

Pour en finir avec la question des anthems, à quoi pensez-vous quand vous composez un morceau comme "Silicone" ?

Flappy : "Silicone" c’est arrivé par hasard, on cherchait un son d’intro pour un live act qu’on a joué à Montréal. On a trouvé ce petit arpège qu’on trouvait sympa... Ca tourne un moment dans les enceintes... Tu commences à te dire que si tu rajoutes un gros pied et un hi hat ça peut être sympa. Ensuite tu te dis qu’en ajoutant quelques éléments rythmiques et une grosse ligne de basse, t’as un super track. C’est très simple, basique, efficace... Quand tu trouves un son comme cet arpège de base, tout est simple, tu conserves son groove et tu l’habilles !! Le morceau s’impose a toi finalement !

On adore Sterac / Steve Rachmad, ça faisait longtemps qu’on avait envie de faire un track dans cette veine. Sinon, "à quoi on pense quand on fait ce genre de morceau"...Perso je suis un enfant de la rave. Le son énorme , ces gigantesques hangars , les lasers... Tous ces énormes événements des années 90 m’ont tellement marqué que j’aime quand on fait des tracks qui ont ce genre de feeling.

Est-ce que c’est plus facile avec les filles (ou les mecs, je connais pas vos préférences) quand on est playlisté par Dave Clarke et Garnier ?

Enola : ah ah ah ah .... jeune naïf va !! :).
Vois tu, quand on est un prédateur sexuel comme moi, le regard perçant et le phallus en alerte, il n’est nul besoin d’une lettre de recommandation pour obtenir sa proie !! non mais !! :) Sinon, je te confirme que Flappy préfère les jeunes garçons.

Flappy : Tu sais, faut te mettre dans le contexte...Ici a Besançon , la musique électronique ça n’existe pas ! Tu dis que t’es playlisté par Dave Clarke, Garnier, et on te demande qui sont ces deux types ! (véridique). Même si on devenait les nouveaux Daft Punk , tout le monde s’en branlerait de nous ici !! T’as une salle de concert....on nous y a même jamais fait jouer !

Tu peux même faire un test scientifique : tu mets les deux Noirdegout dans une pièce avec une dizaine de filles. Tu fais rentrer un type qui joue de la gratte en chouinant des paroles mièvres et dégoulinantes. Le type repartira avec les dix filles ahaha ! Parce que tu vois, à Besançon, la musique techno, c’est pas de la vraie musique !!!

Non, plus sérieusement, c’est vrai que peu à peu on constate que le regard des gens change un peu. On vient te parler plus spontanément, t’es plus sollicité et c’est agréable. Mais ceci dans un contexte bien particulier qu’on ne retrouve pas à Besançon.

2

Comment voyez-vous toute cette deuxième vague french touch ? Je pense au label Ed Banger, à des artistes comme Justice, Sebastian, Uffie… Sur que la génération qui a connu les raves des années 90 verse une larme quand elle entend vos tracks…mais les kids qui découvrent les fêtes et la dance music aujourd’hui ne se retrouvent-ils pas davantage dans ce genre de son ?

Flappy : Je me suis posé cette question récemment sur notre musique... On devait jouer au Rex, en live. C’est vrai qu’en ce moment, tout le monde joue minimal, ou des trucs à la Ed Banger. J’avais un peu peur que notre live, très techno-rave, un peu oldschool, déstabilise les gens, que ce soit un tempo trop rapide, que les sonorités ne soient pas les mêmes que celles qu’ils entendent souvent... Et finalement tout le monde a vraiment pris son pied. T’as un nombre incalculable de gens qui sont venus nous voir après pour nous remercier d’avoir fait un truc techno, sans concession à une quelconque mode ou tendance.
Je pense qu’il y a de la place pour tout le monde, pour toutes les tendances. Après trois heures de minimale, un bon live techno ça fait du bien. Et un set de Justice pour finir, why not ??? Perso je regrette pas mal l’éclectisme des soirées des 90’s. Tu voyais sur le même line up St Germain, Manu le Malin et Laurent Garnier.

Et puis ce délire de la mort annoncée de la techno ça me fait marrer. C’est de la branlette de journalistes. C’est quoi les gros événements européens qui font le plein ? I love Techno, le Monegros Festival... Un mec comme Dave Clarke a encore une cote monstrueuse.

Enola : C’est clair que les mecs de Ed Banger ont clairement la main. Déjà parce que musicalement c’est super sympa, et en plus c’est drôle !! Le truc qui les aide beaucoup aussi, c’est qu’il y a Pedro Winter dans le coup, et quand tu as été le manager d’un des groupes electro les plus emblématiques de tous les temps, Les Daft Punk, tu as les contacts qu’il faut dans la presse pour faire monter le buzz autour de tes artistes, auprès des organisateurs pour les booker etc… Donc, il y a un truc qui m’a fait toujours rire, c’est la disproportion avec laquelle des bons artistes sont célébrés ! Oui Justice c’est super bien. Mais de la a en faire les nouveaux messies et surtout a occulter tous les autres bons producteurs français sous prétexte qui ne sont pas dans la mouvance des Daft, moi ça me dérange un petit peu !
Maintenant, la nouvelle french touch, c’est un terme à la con. Comme l’ancienne du reste. Du moment que ça peut permettre à des artistes français de s’exporter, c’est cool ! Ah si, un truc encore : la paresse des journalistes m’énerve, quand tu penses qu’il a fallu que The Hacker ou Terence Fixmer fassent 10 000 lives a l’étranger avant que la presse française en parle, il y a vraiment un souci... Il faudrait que le journalisme sorte un peu de ce milieu parisiano-consanguin des fois :).

Flappy : Et pour reparler de nous, on a peut-être une image techno pour le moment, mais on a des tracks deep, minimaux etc en stock. On aime tout. Ces tracks sortiront prochainement et on sera perçu différemment. On a sorti que deux disques !!

Pourquoi avoir monté votre propre label directement alors que vos morceaux avaient le niveau pour être signés ailleurs, peut-être même sur un label prestigieux ? Conseillez-vous aux artistes non signés de suivre votre exemple plutôt que d’envoyer des démos partout ?

Flappy : En janvier 2003, on a envoyé près de 80 démos partout dans le monde. Quelques uns nous ont dit que ça sonnait pas mal, parmi lesquels Laurent Garnier et Monika Kruse, mais pas de signature a la clé. Puis un gros label français s’est décidé à sortir un EP. Pas de bol pour nous, ils ont eu quelques difficultés financières et on a attendu près de 2 ans que ce maxi sorte...en vain. Ensuite deux autres labels, plus petits, ont prévu de sortir eux aussi un maxi... et re-belotte : on a attendu et ça traînait depuis des mois. Arrivé en 2005, on tournait en rond, on avait vraiment les boules, deux ans d’attente c’est long !

D’un coup, début 2005 ça m’a sérieusement gonflé. Je me suis dit qu’on allait arrêter de compter sur les autres, et qu’on allait nous même sortir ces tracks !

Tout le monde nous a dit que ce n’était pas le moment de monter un label, que le marché se cassait la gueule...mais d’un autre coté, on n’allait pas attendre jusqu’a la retraite que quelqu’un se décide à sortir notre musique !! A ce moment, Laurent Garnier nous a envoyé un mail très sympa nous disant que depuis près d’un an il jouait l’un des tracks qu’on lui avait envoyé sur CD et qu’il l’adorait. Le track s’appelait "No Fear". Le nom du label était trouvé ! Matthieu s’est tout de suite impliqué, et c’est vrai que financièrement, vaut mieux être deux, car les débuts sont difficiles, avec beaucoup d’argent à avancer.

Au final, on est très fiers de ce qu’on a fait, c’est notre musique sur notre label. On a une totale liberté, on agence les tracks comme on veut sur les maxis, on sort ce qu’on aime. On a une liberté totale !!

Le conseil que je donnerais a un jeune artiste, c’est de soigner ses démos, d’envoyer des démos de 4 titres représentatifs de son travail. Et de soigner le packaging pour attirer l’attention. Il faut également bien cibler ses envois, pas la peine d’envoyer une démo hardcore chez Kompakt :-)

Myspace est aussi un bon moyen de se faire repérer. Si vraiment ça ne donne rien, et qu’il estime que sa musique est vraiment de qualité, qu’il monte son label ! Attendre des années comme on l’a fait c’est trop frustrant. Mais attention, avoir un "job alimentaire" a coté s’avère indispensable. Faut pas compter en vivre tout de suite... et qui plus est faut avancer pas mal d’argent pour le pressage et le mastering... et il y a toujours le risque que ça se vende pas !

Enola : Déjà, merci pour le commentaire sur la qualité des morceaux ! ça fait toujours plaisir :). Pour préciser la pensée de Flappy, on ne regrette pas d’avoir envoyé des démos, parce que grâce a elle on a pu avoir des retours sur notre musique (ce qui est ultra important pour progresser). D’artistes qu’on aime beaucoup en plus (Technasia, Garnier, Fabrice Lig etc). Le seul regret que l’on a, c’est d’en avoir envoyé autant, voila tout ;). Maintenant, monter un label, c’est une aventure qui coûte énormément en investissement de temps et d’argent sans garantie de retour ! Donc, et surtout dans la conjoncture actuelle de marche du disque en crise, nous avons pris l’option de faire de notre label une vitrine de notre musique, un outil promotionnel en plus d’un moyen d’expression artistique. Faut être honnête, si nous n’avions pas sorti deux maxis autofinancés, on aurait jamais fait le Batofar ou le Rex en live. On n’aurait pas signé avec une agence de booking, on n’intéresserait pas des labels pour des remixes. Bref, on n’existerait pas !
Alors oui, les jeunes artistes, n’hésitez pas a vous prendre en main et monter une plate-forme pour diffuser votre musique (weblabel ou à "l’ancienne" ;). Mais surtout ayez bien conscience que vous n’êtes pas les seuls à le faire ! Démarquez-vous avec une grande exigence de qualité (combien de labels sortent 20 maxis par an uniquement pour être présents dans les bacs ?) et une volonté d’être un peu originaux : vous devez proposer un univers vraiment personnel ! Bon courage ;)

Vous êtes d’ailleurs de grands admirateurs d’un autre label : Underground Resistance, qui a souvent expérimenté avec les possibilités du support vinyle, ou sorti des disques conceptuels autour de l’espace, l’Atlantide, la deuxième guerre mondiale... Quitte à vous inscrire dans l’héritage d’UR, n’avez vous jamais eu envie de créer vous aussi tout un imaginaire autour de No Fear ? Ou êtes-vous du camp de ceux qui pensent que tout ce qui est périphérique à la musique n’est pas important ?

Enola : Tu sais, bien avant de créer notre label, j’ai toujours eu envie de faire de la musique conceptuelle. J’entends par la que, quand je compose, je ne peux m’empêcher d’associer des concepts visuels, émotionnels ou intellectuels (oui je sais ça fait un peu prétentieux la mais je vois pas d’autres termes à utiliser :). Donc, il parait logique d’appliquer tout cela à un label qui est avant tout une création artistique. De plus, au delà de cette démarche non mercantile, un label, pour exister commercialement, doit avoir une identité visuelle (et évidement musicale) forte. c’est pour ça que - tu l’auras remarqué - nous avons fait le choix de décliner une charte graphique sur trois couleurs différentes pour les trois premiers E.P, pour que le public puisse nous identifier facilement. En plus, j’ai beau ne pas être illustrateur de formation, je me suis bien amusé à reprendre certains concepts graphiques ultra utilisés et référencés dans le domaine de la techno ! les formes géométriques, la répétition d’objets, l’abstraction... C’est marrant de voir comment ces idées archi simples et rabattues continuent de fonctionner !! Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme comme on dit... Donc oui, pour nous, ce qui tourne autour de la musique est très important. Tu citais U.R et c’est vrai que j’aime assez leur expérimentation au niveau des formats, notamment leur collection de 45 tours, même si on peut y voir aussi une grosse démarche mercantile :) D’ailleurs pour préciser les choses, plus que U.R (dont l’imagerie guerrière n’a plus de sens pour moi a présent qu’ils sont incontournables), je me sens beaucoup plus marqué par un label comme Fcom qui est a mon sens plus éclectique et a sorti des disques absolument splendides a tous les points de vue. Dans le futur nous allons réfléchir à différents types de formats (coffrets, 45t, digipack design...). Parce qu’il ne faut pas se leurrer, le vinyle est déjà en train de devenir un pur objet de collection et il n’y a aucun intérêt à sortir un disque avec une bête pochette noire et un macaron illisible.. Alors ça coûte toujours un peu plus cher mais bon, on a envie de proposer aux gens quelque chose qui ne soit pas de l’ordre du produit jetable :) Et puis c’est tellement agréable de stimuler ses yeux en même temps que ses oreilles, non ? :)

Flappy : Pour compléter la réponse de Matthieu, d’un point de vue objectif, pour nos premières sorties on débarque là au milieu… Personne ne connaît notre nom, ni le label, notre musique n’est pas dans la mode minimale...alors pour que le nom circule un peu faut mettre le paquet ! D’ou ces belles pochettes, avec notre nom en gros marqué dessus pour faire circuler ce pseudo. On se dit aussi qu’un beau disque sera plus exposé dans les rayons des disquaires. Même le mec qui écoute pas le disque, il aura vu le design et peut être enregistré notre nom. En tout cas bien plus que si on avait mis le maxi dans une pochette toute noire. En plus c’est vrai que créer une image, un imaginaire, une esthétique c’est un plus. On a une démarche assez sérieuse dans notre musique. On soigne tout, jusqu’au myspace qu’on essaye de rendre vraiment attractif ! On a largué la fac pour se consacrer à fond au label et à la musique, c’est pas pour faire ça n’importe comment !!!

Enola : Mais tu sais, Flappy a l’air en colère dans sa réponse mais en réalité c’est un vrai conna... euh un type charmant ! :)

3

Enola tu as dit « c’est marrant de voir comme les anciennes idées continuent de fonctionner ». C’est vrai qu’en interview vous assumez totalement vos influences. On a l’impression que vous vous inscrivez sciemment dans une « tradition » techno très précise. Plein d’artistes font ça, mais chez vous c’est totalement revendiqué, une fierté même…

Flappy : C’est clair !! On assume complètement nos influences, on en est fiers même, parce que quand t’es issu du Jura le plus profond (pour moi), c’était pas gagné !!! Mon entourage et mon cadre de vie auraient dû plus me porter a écouter des conneries de "rock festif tralala pouet pouet" qu’Aux 88 et Carl Craig ahah !! En ce sens je ne remercierai jamais assez les DJs techno qui se démènent pour faire de bonnes émissions radio. C’est grâce à ces mecs là que j’ai découvert tout ça en 1988, bien avant internet !

Ensuite c’est clair qu’on ne cherche pas à réinventer le genre. Par contre, ce qui m’apparaît essentiel, c’est qu’on essaye d’avoir un son PERSONNEL !!! Regarde les gens importants dans ce milieu, la plupart n’ont rien inventé, mais ceux qui marquent et restent sont ceux qui ont LEUR son (Vitalic, The Hacker, Garnier, Dave Clarke, Technasia...). Tu peux t’inscrire dans une certaine tradition, c’est ce qu’on fait, mais le piège a éviter c’est d’être impersonnel ! On travaille pour avoir notre son, celui de Noirdegout. Et il va s’affiner au fil des sorties, s’affirmer.

Mais est-ce que ça implique une autocensure si, mettons, vous trouvez une idée qui fonctionne bien mais ne colle pas au son "classique" Noirdegout ?)

Flappy : Avoir un son personnel n’empêche pas du tout de se diversifier, tu peux faire un truc deep, ou hard, de la house, de l’ambiant ou de la techno, du breakbeat même (comme sur notre prochain maxi), mais on le fait à notre manière, en apportant une touche qui nous est propre. Comme l’a fait Laurent Garnier toute sa carrière ! Ca reste la référence pour nous.

Notre label c’est autre chose. Il y a des choses qu’on ne sortirait pas dessus. Par exemple, Matthieu / Enola va travailler sur des tracks plus minimaux, ou moi sur des truc plus violents. Si on estime que ça ne colle pas au son NO FEAR, on l’enverra à d’autres labels plus appropriés ! Et ça ne sortira pas forcement sous le pseudo Noirdegout. Ce concept Noirdegout sur NO FEAR ne nous enferme en rien. Si demain on a envie de produire un album trip hop avec une chanteuse, que ça nous éclate, on le fera !

Enola : Nous avons été bercés par la musique d’artistes qui ont à mon sens déjà quasiment tout inventé. Que ce soit dans la techno (Juan Atkins, derrick May, Carl Craig), l’electro, (kraftwerk, Cybotron..) ou l’expérimental (Steve Reich, Aphex Twin...). Il serait bien prétentieux de notre part, voire même ingrat, de ne pas le reconnaître. Maintenant, c’est vrai qu’on est en train de trouver un feeling qui nous est propre et qui doit s’affiner avec le temps. Par contre, pour ce qui est du son No Fear, j’espère pour ma part que nous n’allons pas sortir que des trucs dancefloor ou devant remplir des conditions d’efficacité. Pour les trois premiers maxis, on s’est posé cela comme condition pour que le label ait une visibilité assez rapide et qu’il soit viable au niveau financier (et en plus on adore jumper en rave, ça tombe plutôt bien !! :) En tant qu’artiste, j’ai envie de sortir rapidement (peut être après la première trilogie de maxis qui sait...) des maxis plus groovy, moins hard, ultra deep parce que ce label c’est pour nous un véritable espace de liberté !! Tu sais, nous avons toujours eu comme modèle Fcom, et jusqu’a très récemment, ils signaient des artistes qui, même s’ils oeuvraient dans des styles différents, avaient une certaine cohérence au niveau du son. Mais depuis l’arrivée de producteurs comme Mr Oizo, Avril, Think Twice ou Sao Paris, je trouve que Fcom a trouvé une seconde jeunesse, et j’ai l’impression que ça pousse tous les artistes du label a sortir de leurs tics de composition et d’oser d’autres choses. Ecoute ce que font Scan X, TheYoungsters ou Alex Kid, ça me parait évident qu’il y a une émulation nouvelle dans ce label. Et moi c’est ce que je veux pour No Fear.

Franchement, j’ai l’impression pour l’instant d’avoir beaucoup donné à la "techno qui envoie" (et on continue via notre live-act qui est conçu comme un long crescendo dancefloor !). En ce moment j’ai vraiment envie de sortir des choses plus deep. Déjà parce que ma sensibilité va plus vers ce style, mais surtout pour ne pas qu’on colle une étiquette hard-techno sur le label ! Ca, ça me ferait vraiment chier !! On a passé des semaines entières à produire en solo ou à deux des morceaux plus intimistes et à se lamenter qu’on ne trouverait jamais de labels pour les sortir, alors je trouverais débile de se cantonner à un type de sonorités histoire d’apporter une cohérence au label. Pour moi, un label trouve sa cohérence dans la qualité et le soin apporté a tous les morceaux qu’il sort. Point barre !! :) Pour conclure, je ne vois absolument pas d’inconvénients à sortir un maxi ultra violent , comme Flappy les aiment, suivi d’un E.P deepissime, comme je les adore, tout simplement parce que nous voulons produire la musique que nous aimons jouer en tant que dj, et que la palette d’émotions d’un bon set se doit d’être très large et variée...sinon on s’emmerde bon sang !!! :)

Ce qui nous amène à vos prochaines sorties. Pourriez-vous nous en parler un peu ? Est-ce qu’on doit s’attendre à être surpris ?

Enola : surpris, oui et non ! :) Normalement, ce sera un deux titres, avec une face bien techno dancefloor dans la lignée de « Silicone » et de « Consumed » (au niveau des sonorités). En quelques sortes un morceau qui bouclerait la trilogie de manière cohérente et bien radicale. L’autre face sera un track breakbeat, mais breakbeat façon Detroit : pas mal de strings et un mood très aérien ! Donc surprise parce que ce ne sera pas un format trois titres et parce que pas 100% techno, mais non surprise car ces morceaux nous les jouons déjà en live (ou ils font un méchant effet d’ailleurs :) et que nous restons dans un même esprit rave que les précédents maxis. Le quatrième par contre risque d’être assez différent, mais il est trop tôt pour en parler.. ;) (rire diabolique).

Flappy : nous travaillons beaucoup nos live-acts, en essayant de créer beaucoup de nouvelles choses à chaque fois. Les tracks créés pour les lives deviennent parfois les morceaux qu’on retrouve sur nos maxis. Ce fut le cas pour "Silicone" par exemple. Le prochain maxi c’est comme ça qu’il est venu, les morceaux ont étés testés au Rex lors de notre précédent live. Ils ont très bien marchés et donc on en fait une version plus "maxi", plus aboutie ensuite.

Pour la suite, on a beaucoup de tracks en stock. On a quasiment de quoi sortir un album.. Plein de truc plus deep par exemple, ou des truc electro. On essaye de sortir des maxis cohérents, donc on agence des tracks qui ont parfois plusieurs années avec des trucs qu’on vient de finir. On est pas a cours d’inspiration et on a énormément de tracks dont on est super fiers et qu’on veut absolument sortir !

Enola : petit jeu concours. Combien de fois Flappy a utilisé les mots "tracks" et "maxis" durant cette itw :

a) 32 fois b) 56 fois c) 2897546 fois

Le vainqueur gagnera une barre de céréales Krusty et un dictionnaire des synonymes ;)

J’aimerais qu’on fasse un peu les nerds et qu’on parle de votre équipement (aujourd’hui où tout le monde fait ou essaye de faire de la musique, ça en intéresse plus d’un…). Donc sauf si c’est secret défense, d’où viennent les sons de Noirdegout ?

Flappy : Ah, le secret de Noirdegout Mountain... On a commencé avec un sampler Zoom bien cheap, puis une RM1X et une Korg electribe bleue. Ensuite vint une Drumstation, un Virus Access en rack et une RS7000. Donc pour l’essentiel, les deux premiers maxis ont été conçus avec des sons du Virus Access, un Roland Juno d’époque acheté dans un magasin d’occaz’ (et qui donne des nappes et des basses d’une chaleur fabuleuse), l’electribe bleue de Korg et un sequencing realisé dans la RS7000. Maintenant, pour le live et les futurs morceaux, nous travaillons avec un laptop pour tout ce qui est sequencing (logiciel Ableton live) et mixage (Cubase évidement :).
Vont s’ajouter bientôt deux nouveau laptops histoire de pouvoir gérer un gros paquet de VST et d’effets (en live surtout, ça va être très intéressant).

L’arrivée du laptop nous a énormément décomplexé vis a vis du travail au niveau des rythmiques car nous nous sentions un peu limités avant sur nos pauvres 32 pistes(RS7000 +RM1X) et au niveau du live-act c’était très frustrant !
Donc, histoire de jouir des avantages de l’ordi (possibilités quasi illimitées de pistes et donc richesse accrue des morceaux) sans les inconvénients (caresser une souris ...bof !!) tu rajoutes des contrôleurs midi/USB. Un en module 16 potards rotatifs et un clavier avec potard et faders (marque Evolution).
Pour la carte son de l’ordi, c’est une E-MU 1616M, avec un paquet d’entrées et de sorties et deux couples midi in/out.

Ah oui, et pour le moment une table de mixage YamahaMG16/6fx en attendant de la refourguer pour une Mackie 8 pistes :)

Voilou. Mais bon, l’important c’est les idées et pas le matos hein !! :) :) :)

Juste une petite remarque a tous les apprentis producteurs : mettez le paquet dans votre équipement d’écoute. C’est à dire investissez dans des bonnes enceintes de monitoring et surtout REGLEZ PAR RAPPORT A LA PIECE OU VOUS PRODUISEZ !!! Nous on a pas mal péché là dessus par le passé et franchement gare aux désillusions quand il s’agit d’écouter sur du gros son un morceau qui claquait bien chez soi et qui en soirée fait pouet-pouet ! On a fait un live il y a longtemps comme ça, et ça doit être les plus longues 45 minutes de notre vie ! Maintenant, ça claque beaucoup mieux ;)

4

Enola est passionné de cinéma, et la plupart de vos morceaux racontent clairement une histoire. Idéalement, quel genre de visuels ou extraits de film voudriez-vous voir accompagner vos lives ?

Flappy : Globalement ce n’est pas quelque chose qui m’intéresse vraiment. Ce qui me tiens a coeur c’est qu’il y ait vraiment un bel objet, quelque chose de soigné pour nos sorties ou visuels en live... Mais te dire quoi, je sais pas vraiment... Je me contente de réagir à ce qu’on me soumet, à dire oui ou non, je ne propose rien. D’une manière générale, je préfère les choses abstraites, qui n’imposent rien aux gens, qui leur laisse une part de réflexion.

Enola : il se fait modeste le bougre mais contrairement a ce qu’il dit, il a un avis bien arrêté sur pas mal de choses et aime bien me montrer des flyers et des visuels qui le font kiffer...
C’est vrai que je baigne dans le cinéma depuis que je suis gamin, et je préfère me définir plus comme un cinéphage que cinéphile :) Je suis un boulimique d’images, et ce qui est vrai pour le cinéma l’est aussi pour la télévision, la vidéo, l’art contemporain, la bande dessinée... Je ne peux envisager faire de la musique sans imaginer une "histoire visuelle" qui l’accompagne. Maintenant, dans l’absolu, j’aimerais pouvoir m’occuper moi même de la création d’un univers graphique autour de Noirdegout et de No Fear Records. Mais je n’en ai pas encore les moyens ni la capacité technique (essentiellement par manque de temps ...et d’argent bien sur ! :). En plus, autant je sais parfaitement ce que je veux pour illustrer mes morceaux en solo, autant c’est plus flou pour Noirdegout. Et vu que Flapp’ et moi sommes plutôt deux bonnes têtes de mules (voire têtes de cons parfois :), ça augure de bonnes discussions bien musclées tout ça :)

On pourrait essayer de bosser avec des graphistes qu’on aime bien, des mec comme Feather, qui a travaillé avec les Youngsters sur leur séries "Confidential Music" et l’album "Army of 1.0" par exemple...On a un pote à Besançon qui est méchamment doué aussi (Trafiquantsdeculture), avec qui on pourrait envisager bosser... Et aussi un ami très proche qui est un très bon chef-operateur vidéo... Bref, le potentiel est là, mais il faut du temps pour faire tout ça. Et ça reste extrêmement difficile de concrétiser visuellement ce qui est à la base de l’ordre de la sensation auditive. Pour le live, on va essayer dans un avenir proche de proposer aux gens quelque chose d’excitant a voir, mais qui ne les distraie pas trop et leur permette de mieux appréhender et rentrer dans l’essentiel : notre musique ! Maintenant, si les Daft Punk veulent nous prêter leur pyramide d’écrans de 80 mètres de haut et le sound-system qui va avec, on est preneur hein !! Et promis, Flapp’ s’engage a porter lui aussi un casque de pompier pendant le live (perso, j’amènerai mon costume d’X-OR sur scène...mais si tu sais, X-OR !!, le shérif, shérif de l’espace :)

Flappy : Plus que les visuels ou les projections vidéo, ce qui m’intéresserait vraiment, c’est de travailler une certaine scénographie à base de lumières. J’ai travaillé dans le domaine de l’opéra, avec des gens dont le métier est de s’occuper de créer une suite d’ambiances lumière en fonction des différentes scènes, de coller à l’histoire, de la mettre en valeur par l’utilisation de lumières, de fumées... Plus qu’un light jockey qui improvise un peu sur ta musique sans la connaître en amont, je voudrais vraiment préparer ça à l’avance. Pour moi la lumière doit pouvoir coller à la musique, amplifier une ambiance. Dans cette optique, il faudrait connaître bien à l’avance l’architecture des clubs ou salles et travailler en fonction de ça. On n’est pas là pour éclairer la tronche du mec qui fait son live, mais pour mettre en avant un lieu.

J’ai bossé sur des opéras en plein air, dans des lieux historiques... on passait plusieurs semaines avant pour réfléchir a tout ça, mettre en lumière un arbre, un mur...

Arriver a ça pour notre musique, avoir un type qui nous suit et qui ne gère que ça...ce serait top !

Je vous laisse le mot de la fin…

Flappy : Un message pour les djs alors : arrêtez cette course à la nouveauté perpétuelle. Soyez éclectiques, arrêtez de tous jouer les mêmes disques. Ramenez nous un peu de folie et d’énergie dans les soirées !!!

Enola : Resist, respect, et surtout faites de la musique avant tout pour vous ! (et achetez nos disques !! :)

Playlist Flappy
"classiques & influences"

Underground Resistance : world to world (UR)
Slam : Stepback (original) (soma)
Laurent Garnier : Shot in the dark (F com)
Frankie Knuckle : your love
la Techno de Detroit
La house de Chicago
Le new Beat
Le garage New Yorkais des années 90
Surgeon & Umek
La trance allemande des années 1991 / 94
L’electroclash en 2000-2004
l’electro US (AUX 88,UR...) ...

Playlist Enola
"classiques & influences"

Archive "Londinium L.P"
Choice "Acid Eiffel"
Digital Justice "theme from it’s all gone pershaped"
69 "Desire"
Technasia "moonsoon"
Aril Brikha "groove la chord"
Scan X "Bleu" et "Classic"
Taho "2019"
Vitalic "Poney part1"
Derrick May "Winter on the boulevard"
slam "positive education"
Tout Laurent garnier !!
BO : "Blade Runner", "Unbreakable", tout Danny Elfman, etc..
Pink Floyd "Animals"
Bronsky Beat "Small town boy" etc....

Myspace : http://www.myspace.com/noirdegout

Artiste(s) : Noirdegout
Label : No Fear
Style : Techno / Electro

Imprimer l'article Del.icio.us Commentaires (0)
records review