Neuf ans après « Form & Function », un de ces disques-manifestes qui à eux seuls influencent une génération entière, débarque une séquelle assez inattendue. Même formule que le premier chapitre : un assortiment de remixes, dubplates et d’inédits. Mais la comparaison s’arrête là.
Il est loin le temps où Photek affirmait avoir plus à voir avec la techno de Detroit qu’avec le reste de la scène drum n’bass. Rupert Parkes semble réconcilié avec tout ce qu’il évacuait soigneusement il y a dix ans. Au placard l’épure, la sobriété zen, les placements jazzy... il s’autorise maintenant tous les clichés populaires du genre : riffs de basse vrombissants, beats qui galopent, divas sensuelles... Reprendre le légendaire titre Form & Function apparaît surtout comme un choix marketing, tant il renvoie à une esthétique dont l’Anglais semble avoir fait le deuil. « Full Spectrum Dominance », le titre de la plage 12 , aurait bien mieux collé : domination de tout le spectre sonore et surtout de tout le spectre drum n’bass ! Le disque explore chaque déclinaison du genre, comme si l’ex-samouraï (aidé de ses disciples remixeurs) entendait démontrer qu’il peut tout faire, et bien.
Beaucoup vont y voir une régression, on y voit un retour du fun. Car pour déstabilisants qu’ils soient, les nouveaux titres sont bons. Voire jouissifs. Photek lorsqu’il desserre son col de chemise reste un sacré producteur. L’un des meilleurs en activité, même, comme le confirment ses nouveaux titres . « Industry Of Noise » d’abord, se pare de guitares mortuaires et de chant pour un exercice crossover pas désagréable. Mais ce n’est pas le mieux...
« Deadly Technology » tourne le dos à toute forme de chirurgie rythmique, ne s’embarrasse d’aucun détail, mais quel rush ! Ce roller des plus basiques libère sans prévenir un monstrueux magma de mentasms convulsifs à faire couler des flots de sérotonine. Et s’impose en tuerie instantanée.
« Full Spectrum Dominance » est encore meilleur, car aux tirs de hoovers s’ajoute une belle complexité dynamique. Ca fuse de tous les coins de l’espace stéréo sur un champs de bataille techstep où ne tiendraient pas cinq minutes le gros des nouvelles recrues de la frange dure.
Mais pas de conflit de générations : « One Nation » délivre un message fédérateur. Cette pure tranche de jungle old school est un morceau-musée, une tempête d’amen-snares charriant tous les breakbeats historiques qui forment l’ADN de cette musique. Les découpages virtuoses de Photek (il n’a pas perdu la main le bougre) se chargent de rendre l’écoute captivante. Une façon de rendre hommage au tronc commun d’un genre maintenant hyper-ramifié. One Nation under a break...
Viennent les remixes.
D’abord les deux excellents titres du Photek 13. En particulier celui de Teebee, qui réarrange le classique « Ni Ten Ichi Ryu ». La version du Norvégien exacerbe encore plus l’ambiance dark kung-fu de l’original avec des breakbeats compliqués et précis taillés au katana. Un balai percussif sous la pleine lune, stylisé comme de la pure calligraphie rythmique. Ceux qui espéraient retrouver la veine intelligent d&b du Photek cuvée 97 devront se contenter de cet unique morceau furtif, vif comme le vent et totalement classieux.
Et en guise de bouquet final : « Baltimore » remixé (atomisé, plutôt) par Tech Itch et Dylan. Un armageddon entre breakcore et darkstep attaquant de toutes parts autour de synthés qui déploient leurs ailes comme des dragons, avant de passer le dancefloor au napalm.
Le reste ? Anecdotique (« Saturated Hip Hop », « Things »), ou carrément routinier (le single « Love & War », « The Beginning » ). Mais sept titres d’anthologie sur une compilation constitue déjà un beau score.
Après l’album réussi de Goldie/Rufige Kru en juin, 2007 est décidément l’année où les Grands Anciens de la scène anglaise reviennent reprendre les rênes du business. A l’écoute du résultat, on a juste envie de dire : il était temps.





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