Leur premier album « Enemy & Lovers », signé en major, s’est ramassé. Injuste car même s’il se cherchait parfois un peu, s‘encombrait de guitares inutiles, le disque était de toute évidence l’œuvre d’un projet charismatique.
Maud Geffray et Sébastian Chenut, enfants des raves des années 90, ont du être un peu amers vis-à-vis du music business durant les trois ans qui ont suivi. Mais l’amertume et le ressentiment leur va très bien, comme en témoigne leur retour dans les habits noirs d’une electro-pop romantique, dark, et sous contrôle total puisque sur leur propre label.
Premier constat : à une reprise des Cure et deux morceaux près, ils ont resserré la formule sur un noyau beats + synths + chant. Le climat est plus homogène et le sens de la compo dorénavant très sur. Et puis Time a le son. L’album précédent était produit par Cristian Vogel, celui-ci est masterisé par Moritz von Oswald aka Maurizo (et oui, on ne se m’emmerde pas chez les Scratch Massive). Du coup, ample spatialisation d’église. Du coup, gros synthés en plexiglas. Un traitement parfait pour leur univers.
Dès « Girls on top », plage electro-noir que certains connaissent déjà, avec sa ligne acid échappée d’une warehouse lugubre, on est en terrain ami, anti-hype, réel. L’ambiance sera tenue jusqu’à la fin, avec un second climax sur « Dance » (à sortir en maxi single) et ses arpèges froidement vengeurs sur lesquels Maud psalmodie des « I hate you sucker », menaces suaves à l’encontre d’on ne sait trop quoi mais on en redemande. L’esprit du Pulp, célèbre club parisien qui se trouve être le fief du duo, plane plus qu’un peu…
Les Scratch Massive ont trouvé la bonne balance entre morceaux dance et plages plus atmosphériques. Chaque track trouve sa place naturellement dans le tableau en clair obscur, comme un long voyage jusqu’au cœur de la nuit. De plus les titres de salon sont pour la plupart des réussites. En particulier « Soleil Noir », magnifique de poésie coldwave avec son chant noyé dans une reverb lointaine, ses percus de 808 squelettiques et ses nappes chaire de poule.
Chaînon manquant entre le son technogoth parisien d’un Blackstrobe et les prods de Beta Evers sur Kommando 6, mais avec définitivement une « Scratch Massive touch », Time est à de nombreux moments ce qu’il faut bien appeler une merveille.





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