Ce genre de drum n’bass mériterait d’être joué dans des arènes à mi-chemin entre le concert à pogo et la rave. En bien des points, c’est du Slipknot synthétique (la lourdeur, le défouloir juvénile loin des hypes, les rythmes apocalyptiques tout en roulements). En Angleterre, certains disent « terrorcore » pour désigner les productions de labels comme Barcode, Evol Intent ou maintenant Lifted... Tout le pédigree métissé et soundsystem de la d’n’b remplacé par une énergie metal et blanche (avec le concours de nombreux old timers de la scène, hein, si trahison il y a elle vient de l’intérieur !).
Mais personne n’ôtera à la nouvelle garde d’avoir les sons : alors que l’essentiel de l’EDM actuelle cherche son inspiration dans le grenier à vinyles, eux travaillent les sonorités les plus modernes, voire futuristes, du marché. Ecoutez la basse de « Supernova » : une effusion plasmique de matière sonore qui se déchire, s’étire, tellement présente et tridimensionnelle qu’on voudrait la malaxer. Ed Rush et Optical ne cherchaient pas autre chose en 97. Sauf que les kids de maintenant ont la technologie (PC boostés, Kontakt, Reaktor et les forums de nerds) pour aller encore plus loin. Le vrai crime serait de ne pas en profiter.
Le problème : sorti de ça, il n’y a pas grand chose. La compétition pour démouler la basse la plus spectaculairement dégueue et complexe de la galaxie donne des résultats concrets, aucun doute, mais après ? Les nappes d’intros se voulant poignantes et autres chants vocodés sonnent comme une tentative maladroite d’insuffler de l’émotion dans le programme (un peu comme les envolées « lyriques » du neo-metal). Une émotion trop factice pour faire oublier le concours de teubs qui se joue derrière. Et les vocaux sur « 103 degrees », sérieux... C’est sur, on préferera toujours des disques bien heavy comme celui-ci à la soupe tiède de 80% des soirées breakbeat française. Et la décharge « Supernova » a de quoi réveiller les morts tout en réintroduisant une plaisante forme d’instabilité rythmique. Mais derrière la façade « plein la face », un peu plus de profondeur/âme/esprit -prenez le terme qui vous agace le moins- ferait vraiment décoller l’ensemble.





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