L’évolution du projet Squaremeter (m²) nous le laissait présager : Mathis Mootz continue sa quête d’ascétisme sonore et fait disparaitre les éléments rythmiques dans son dernier opus. L’album, dédié à Nyx, déesse de la Nuit et mère de la plupart des divinités de la mythologie grecque, brosse le portrait sonore de ses rejetons les plus effrayants.
Le minimalisme apparent n’est qu’une façade : le son est ici englobant, massif et omniprésent. Drones et infrabasses se juxtaposent et s’étirent sur une grille temporelle en mouvement permanent. La palette de son, volontairement limitée, n’est en aucun cas une limitation à l’atmosphère et au rendu. Ici la composition est magistrale, tout comme le travail sur la densité des sons et la stéréo.
Si les quatre premiers morceaux, Moros, Thanatos, Hypnos et Eris posent le cadre général de tout l’album, le basculement définitif vers le sombre s’opère à mi-parcours. Seul morceau au tempo saisissable, Nemesis installe un fragile et relatif équilibre, qui cède le pas rapidement à la noirceur des trois derniers morceaux. Censés representer les déesses Moires qui dirigent le destin des hommes, Klotho, Lachesis et Atropos ne sont qu’ébauches d’harmonies défigurées et oppressées.
Qualifiée de "sortie la plus satisfaisante depuis le début du projet" par son propre créateur, Nyx est sans conteste possible l’album dark-ambient le plus impressionant de ces derniers mois. Si le précedent album "The Frozen Spark" était un hommage au "Chill Out" de KLF, "Nyx" est celui fait à Lustmord. Puisant dans l’influence du maître Robert Rich en y agglomérant avec succès les éléments propres de son projet, Mathis Mootz propose ici son oeuvre la plus aboutie mais la moins facile d’accés. Un disque exigeant, pour lequel plusieurs écoutes seront nécessaires afin d’en saisir toutes les nuances.





: