Diificile de chroniquer une anthologie old school de cette trempe sans tomber dans la rengaine du « c’était mieux avant ». Mais pas question non plus de s’interdire un constat : la trance-goa, tant snobée par le milieu techno pour cause de compiles opportunistes et d’imagerie shiva-bouddha pénible, recelait une magie qui s’est largement perdue durant sa mutation en ce qu’on appelle psytrance.
On peut déjà se réjouir de la sélection qui se concentre sur le meilleur du meilleur de l’époque, qui plus est retravaillé au niveau du son. Nocturnes, mystiques, épiques, tous les titres sont des musts des fêtes d’alors, des plages de Kho Pan Ngan aux hangars de Montreuil. La trance s’est depuis sérieusement musclée de la basse, mais à l’époque presque tout se passait dans les aigus et le haut médium. Et il s’y passait beaucoup de choses justement. D’où un rendu plus céleste, plus spectral..
Arpèges en spirales, mélodies mystérieuses de cultes paiens, mondes invisibles et temples des nuits de pleine lune...Contrairement à ce qu’on a pu raconter, la vraie goa underground était tout sauf happy. Ou niaisement hippie. Elle avait juste le tort d’être, contrairement aux autres branches de la rave music, le produit d’un héritage tout autre que Chicago et Detroit. Son héritage était alternatif, parallèle : le krautrock de Tangerine Dream et Ash Ra Tempel, l’electro body music et la new beat belge, le rock psychédélique d’Ozric Tentacles, le tube « What time is love » de KLF aussi... D’où un rejet instinctif de la part des autres scènes pour ce cousin à cheveux longs et à l’ADN plutôt bizarre.
Reste pour les ravers qui ont suivi cette voie de 94 à 99 des souvenirs de fêtes souvent hallucinantes. Et de grands tubes de l’époque comme ceux dépoussiérés ici, irradiant à jamais leurs étranges émotions figées entre euphorie et tristesse. Du « Tribute » d’Etnica (1993 !) et ses rafales de synth-riffs stellaires aux « The 4th Dimension » de Sheyba ou « Funky » de Space Cat et Elysium, pleins de bruissements et fremissements lysergiques, le flashback est frontal ! Même les israeliens d’Astral Projection, qui ont bien mal tourné depuis, font couler la sérotonine avec la montée massive et rayonnante comme une supernova de leur anthem « Another World ». Et puis il y a Pleiadians avec la vertigineuse symphonie analogique qu’est « Alcyone ». Et puis les tracks d’Oforia et de Blue Planet Corporation, oniriques et tellement dancefloors à la fois…
Ca sonne bien de son temps, c’est sur, mais quoi ? A l’écoute de la compile on se prend à rêver d’un retour, non pas du son, mais du feeling de la goa avec les moyens actuels. Ce serait salvateur pour la trance dont tout un pan est en voie de crétinisation avancée.
La bonne nouvelle est que certains signes autorisent à y croire...




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